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FASCISME ET STRAIGHT-EDGE : UNE IMPOSTURE !

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Si le fascisme comporte une fonction idéologique c’est bien celle de neutraliser les initiatives positives issues du peuple et de les ré-orienter vers des objectifs racistes et nationalistes. De nombreux exemples attestent le pilonnage régulier des démarches progressistes par les fascistes : mouvement de libération animale dévoyé vers la focalisation de l’abattage rituel, écologie détournée vers un naturalisme de type « une terre, un sang », le rap récemment ré-utilisé pour diffuser des conceptions nationalistes, etc. La démarche « straight edge » est ainsi déformée et ré-utilisée pour alimenter les idées sexistes et racistes.

Qu’est-ce que la culture straight edge ?¹

« Straight edge » peut être traduit en français comme « être droit ». Cette posture signifie le refus de la consommation de produits destructeurs pour le corps et l’esprit. Symbolisé par l’emblème des trois X (XXX), « être droit » signifie avant tout le refus de l’alcool, des drogues, et du sexe sans engagement. Il est connu que c’est le groupe « Minor Threat » qui a propulsé cette conduite de vie à travers une chanson sortie en 1981 précisément intitulé « Straight Edge ». Même si le chanteur a par la suite décliné être le fondateur de ce mouvement, il n’en reste pas moins que l’énergie débordante de la chanson et la diffusion des paroles a clairement répandue cette « éthique » dans la scène punk-hardcore.

SxECette posture doit se comprendre dans le contexte de déliquescence de la culture punk à la fin des années 1970. L’idéologie nihiliste du « No Future » comme contestation de la jeune génération de cette époque a participé d’une perte de repères politiques et historiques. Par-exemple, certains punk arboraient des tee-shirt avec la croix gammée afin de provoquer leurs parents ayant vécu la seconde guerre mondiale. Aussi la génération « No Future » des années 1970 va adopter le libéralisme sexuel et l’expérimentation des drogues pour contester le puritanisme de l’époque. 

C’est en réaction à la déliquescence du mouvement punk que naît la culture Straight Edge principalement dans la scène punk-hardcore de la côte Est des Etats-Unis. Par la suite, des groupes plus engagés comme « Youth Today » iront jusqu’à politiser cette « éthique » en la présentant comme une forme de « désengagement »² des produits de la société de consommation qui nous détruisent. De ce point de vue, c’était une claire dénonciation du capitalisme et de son aspect mortifère.

Au final, le mouvement « straight edge » peut être analysé comme un sursaut positif d’une partie de la scène punk hardcore face au nihilisme destructeur des drogues et du libéralisme débridé.

Straight Edge et instrumentalisation fasciste

Entant donné que la culture « straight edge » était une opposition au rejet nihiliste duStraight_Edge_X_reasonably_smalldjh2 puritanisme et du conservatisme moral, les fascistes et les « haters » ont aisément récupéré le mouvement. Ainsi, la Hardline est un courant qui « n’est pas un mouvement straight edge, même s’il considère en être partie issue. Il consiste en un mouvement puritain semi-religieux ». À titre d’exemple, dans les pays de l’est, des courants violents peuvent former des brigades de chasse aux vendeurs de stupéfiants répandent des slogans pseudo-alternatifs du type « Kill Your Local Dealer ». 

Chez les fascistes, la drogue se limite bien souvent au cannabis et autres stupéfiants (héroïne, ecstasy, cocaïne, etc.) et on ne voit que très rarement le rejet de l’alcool, sans même parler de la totale absence d’analyse sur le consentement et le respect mutuel dans la sexualité. Zentropa, un groupuscule fasciste qui se veut à la pointe de la « métapolitique », a même comme slogan « Amour, Absinthe, Révolution ». On sait également comment les fascistes aiment à réduire la culture française aux « apéros-saucisson-pinard »

Lorsqu’il y a une critique de l’alcool, comme le groupe « Pride France », c’est surtout dans une démarche viriliste de purification de son corps afin d’être « un vrai guerrier ». Plus généralement, les fascistes qui ré-utilisent la soit-disant posture « straight edge », le font principalement dans une démarche social-darwiniste de rejet du cannabis. Cela aboutit bien souvent dans un élan démagogique de criminalisation de la jeunesse des quartiers populaires. 

Les fascistes prétendument SxE ne servent en rien le peuple dans son aspiration à se libérer positivement. Les fascistes ne ciblent absolument pas les dominations et la dépossession culturelle comme cause de l’évasion artificielle mais simplement les personnes vendeuses – et encore se limitent-ils bien souvent à la critique du « guetteur » et évacuent la question des accointances entre la police locale et les chefs des réseaux illégaux. Comme à leur habitude, ces personnes ne servent que la division, la confusion, l’intolérance et la haine.

Quotidien prolétaire et évasion artificielle

12606810_816301168515295_603875438_nLes fascistes veulent critiquer des aspects négatifs du quotidien populaire sans remettre en question en profondeur le système capitaliste. Car il est indéniable que le capitalisme produit un quotidien d’usine et de chantier où se côtoie une population métissée que la « fume » ou la boisson permettent d’apaiser. La vie prolétaire dans les zones HLM et les espaces périurbains est rythmée par la fuite et le relativisme face à la misère sociale et culturelle. La « fume » et l’acool en sont les principaux symptômes, et les prolétaires, bien qu’enchaînéEs, le savent bien.

Ainsi, l’extrême droite radicale entretient une confusion idéaliste en refusant d’écouter ce que la jeunesse a à dire sur la question. Par-exemple, dans la chanson « Coma Artificiel », le rappeur Hugo Tsr dit :

On pourrait voir cette ville sans drogue / En vérité ils nous en donnent / Ce sera bientôt légalisé / Ils savent très bien qu’ça nous endort / Parfois j’oublie le passé, cervelle cassée »

Et le groupe de rap « Les Évadés » de finir leur morceau sur les soirées alcoolisées « Encore un de ces soirs » sur une voix off déclarant « Je suis sur que ce poison est mis sur place pour affaiblir mon Q.I ». 

Même si la jeunesse populaire est coincée entre évasion artificielle et besoin d’émancipation culturelle, elle n’a pas attendue la posture « straight edge », ni même les moralistes et la AAArtois_traditions-francaisescamelote fascisante pour savoir la fonction des drogues dans leur quotidien. Ce n’est pas parce qu’on utilise des combines illégales et qu’on apprécie « la défonce » pour sortir d’un quotidien difficile que l’on perd conscience de la fonction conservatrice de celles-ci. Les drogues (alcool compris) sont répandues dans toutes les couches sociales mais toutes n’ont pas les mêmes ressources pour lutter contre ce fléau. Il est plus commode pour un étudiant blanc de centre-ville, correctement intégré dans la société, de « gérer » sa consommation que pour une ouvrière noire. Au-delà des oppressions, le déficit de canaux culturels dans les zones populaires fait que le désir d’évasion artificielle n’a pas la même intensité que dans des zones mieux pourvues.  

Le « Straight Edge » n’est en ce sens ni une démarche « moraliste », ni une posture social-darwiniste. Elle est avant tout une conduite positive qui reflète une certaine harmonie avec le réel, dans le respect de soi et en antagonisme pratique avec les artifices capitalistes. L’acceptation du réel contre les illusions de la société bourgeoise  est un pas vers le communisme.

Révolte-toi, deviens Straight Edge !


¹ Les informations de ce paragraphe sont essentiellement tirées du site straightdge.free.fr et la terredabord.fr
² « Disengage« , 1990